Pourquoi certains évangéliques se retournent-ils contre Israël ?

Depuis la renaissance de l’État moderne d’Israël, les chrétiens évangéliques comptent parmi les alliés les plus solides et les plus fiables de l’État juif. Qu’il s’agisse de groupes de prière, d’engagement politique ou d’aide humanitaire, les évangéliques ont reconnu la place centrale du peuple juif dans le plan rédempteur de Dieu et ont cherché à bénir la nation que Dieu appelle « la prunelle de son œil » (Zacharie 2:8).
Mais ces dernières années, un changement s’est opéré. Des personnes qui se disent évangéliques, dont des personnalités médiatiques bien connues, sont devenues des adversaires déclarés d’Israël et du peuple juif, reprenant à leur compte des idées et des calomnies antisémites séculaires. Après le 7 octobre, ces voix se sont faites plus fortes. Des affirmations autrefois cantonnées aux marges d’Internet ont soudain fait irruption dans le débat public : Israël serait corrompu ; le soutien chrétien à Israël serait « aveugle » ; et l’État juif d’aujourd’hui n’aurait même aucune légitimité biblique.
Ce mouvement reste minoritaire, mais c’est une minorité qui se fait entendre. Israël fait désormais face à un défi d’un genre nouveau, qui ne vient ni de critiques laïques ni de rivaux géopolitiques, mais de l’intérieur même de la communauté de ses plus grands amis.
Un revirement que personne n’avait prévu
Historiquement, les évangéliques ont soutenu Israël pour deux raisons principales : les Écritures et des valeurs communes. Nous attachons une grande importance aux alliances de Dieu avec Abraham, Isaac et Jacob. Les prophètes ont annoncé la restauration d’Israël et le rôle qu’il est appelé à jouer dans les desseins de Dieu. Jésus (Yeshoua) Lui-même a vécu, exercé Son ministère, est mort et est ressuscité au cœur de l’histoire juive. Pour ceux qui croient en la Bible, se tenir aux côtés d’Israël n’a jamais été une prise de position politique, mais une conviction théologique.

Pourtant, certains qui se disent évangéliques rejettent aujourd’hui ce fondement. Des influenceurs comme Candace Owens, Tucker Carlson et d’autres figures de la mouvance de droite présentent Israël, au mieux, comme un allié peu sincère qui « ne donne rien », une nation dont les difficultés épuiseraient l’Occident. Leur rhétorique reflète une tendance croissante en ligne qui mêle discours antisystème et théologie superficielle.
L’opposition laïque à Israël n’a rien de nouveau. Cependant, de plus en plus d’évangéliques se laissent séduire par ces idées. L’ère numérique a créé un marché de morales concurrentes sur fond de méconnaissance biblique, et les idées sur Israël sont façonnées moins par la Genèse ou par Ésaïe que par l’indignation qu’alimentent les algorithmes.
Premier argument : « L’Israël moderne n’est pas l’Israël de la Bible »
L’une des affirmations les plus répandues veut que l’État moderne d’Israël n’ait aucun lien avec l’Israël biblique. Selon ses détracteurs, l’Israël moderne est laïque, politique, et donc dépourvu de pertinence spirituelle. Un courant chrétien laisse entendre que le peuple juif a perdu les bénédictions de l’alliance ou que Dieu l’a remplacé par l’Église. D’autres concluent simplement que les promesses anciennes sont caduques. Ces arguments ne sont rien d’autre que le supersessionnisme classique, ou théologie du remplacement, habillé au goût du jour.
L’affirmation selon laquelle « ce n’est pas l’Israël de la Bible » s’effondre au moindre contact avec les Écritures. L’alliance de Dieu avec Abraham est qualifiée de « perpétuelle » (Genèse 17:7). Les prophètes affirment à maintes reprises que Dieu ramènera Son peuple dans la Terre, non en raison de la fidélité de ce peuple, mais en raison de la Sienne (Ézéchiel 36:22-24).
La vision des ossements desséchés d’Ézéchiel dépeint une restauration nationale qui commence sur le plan physique avant de mûrir sur le plan spirituel (Ézéchiel 37). La renaissance d’Israël en 1948 correspond précisément à ce schéma. Dieu a également attribué à la descendance d’Abraham une Terre précise aux frontières définies, dont la superficie dépasse d’ailleurs celle de l’actuel État d’Israël (Genèse 15:18).
Dieu demeure profondément engagé dans l’histoire d’Israël, et Il demandera des comptes aux nations pour la manière dont elles traitent Son peuple (Joël 3:2). La complexité politique d’Israël n’annule en rien son identité biblique. Au contraire, elle confirme que le plan prophétique de Dieu continue de se déployer sous nos yeux.
Deuxième argument : « Israël est moralement corrompu ou dangereux pour l’Occident »
Le second argument majeur est d’ordre politique plutôt que théologique : Israël serait soit immoral, soit un fardeau stratégique.
Cette rhétorique s’est intensifiée après le massacre du 7 octobre, les détracteurs accusant Israël d’être une force déstabilisatrice, un gouffre pour les ressources américaines, voire l’agresseur dans sa propre guerre de survie. En novembre, le commentateur politique conservateur américain Tucker Carlson s’est dit favorable à une remise en cause de la relation entre les États-Unis et Israël, « parce que c’est insensé et que cela nous fait du tort. Nous n’en retirons rien. »
Les faits racontent une tout autre histoire.
Israël est la seule démocratie libérale du Moyen-Orient, un foyer d’innovation, d’action humanitaire et de liberté de culte pour les juifs, les chrétiens et les musulmans. Le partenariat entre les États-Unis et Israël apporte des renseignements essentiels, des technologies de défense révolutionnaires et une coopération diplomatique à l’échelle mondiale, des avantages qui dépassent de loin l’aide accordée. Israël a déjoué des complots terroristes qui auraient menacé des nations occidentales, a été à l’origine de progrès médicaux qui sauvent des vies et a apporté une aide humanitaire dans des zones de conflit à travers le monde.
Loin d’être un fardeau, Israël est l’un des alliés les plus fiables des États-Unis, dans une relation mutuellement bénéfique.
Mais au-delà de l’aspect pratique, la dimension morale compte plus encore. La guerre qu’Israël mène depuis le 7 octobre n’est pas un différend politique abstrait ; c’est un combat contre une organisation terroriste génocidaire qui proclame ouvertement son intention de détruire à la fois Israël et l’Occident. Reprocher à Israël de défendre ses citoyens n’est pas seulement une erreur de jugement ; cela révèle à quel point la désinformation façonne la conscience collective.
Le sionisme chrétien est-il un « soutien aveugle » ?
La critique la plus fréquente adressée aux chrétiens qui soutiennent Israël est peut-être celle-ci : ils défendraient Israël aveuglément, quels que soient les faits ou les circonstances. Une telle critique témoigne d’une incompréhension de ce qu’est le sionisme chrétien.
Le soutien chrétien à Israël ne repose pas sur une quelconque infaillibilité politique, mais sur une identité biblique. Il n’exige ni l’adhésion à chaque décision d’un gouvernement israélien ni une exemption de toute responsabilité morale. Les chrétiens peuvent reconnaître les imperfections d’Israël — tout comme nous reconnaissons celles de toute nation — tout en continuant d’affirmer l’alliance que Dieu Lui-même a établie.
Soutenir Israël selon la Bible, ce n’est pas tomber dans un esprit partisan naïf. C’est reconnaître que les promesses, les desseins et le caractère de Dieu sont tissés dans l’histoire d’Israël, et que bénir Israël est, en définitive, un acte d’obéissance envers Lui.
Ce qui est en jeu
L’évolution du regard évangélique reflète une crise spirituelle plus profonde : la confusion à l’égard des Écritures, la primauté de l’idéologie sur la théologie et l’érosion de la clarté morale au sein de l’Église. La manière dont les chrétiens se positionnent à l’égard d’Israël en ce moment révèle ce qui façonne leur vision du monde : les tendances culturelles ou la vérité biblique.
Depuis des générations, les évangéliques ont compris que bénir Israël, c’est s’aligner sur le cœur de Dieu. Cet appel n’a pas changé. Et en ces temps d’hostilité croissante, de désinformation et de confusion morale, se tenir aux côtés d’Israël n’est pas simplement une position politique ; c’est une position spirituelle. Alors que les vents culturels tournent, l’appel du sionisme chrétien demeure le même : non pas un soutien aveugle, mais un soutien biblique, enraciné dans la vérité et en accord avec le Dieu qui tient Ses promesses.
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