Dépêche de Jérusalem

Justice pour Gaza : désigner le véritable coupable 

Lorsqu'Israël se défend contre des attaques, le monde crie au « génocide » et s'acharne sur Tsahal (les Forces de défense d'Israël), qui ne fait pourtant que ce que son nom indique : défendre l'État d'Israël. L'État juif est dépeint comme le responsable de toutes les souffrances palestiniennes. Mais lorsqu'un Palestinien pointe plutôt du doigt le Hamas, le monde voudra-t-il l'entendre ?

Accuser Israël

En novembre 2024, un peu plus d'un an après l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023 qui a déclenché la guerre, la Cour pénale internationale (CPI), qui siège à La Haye, a émis un mandat d'arrêt contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité. La CPI, juridiction internationale et indépendante chargée de poursuivre des individus pour des crimes tels que les crimes de guerre, le génocide et les crimes contre l'humanité, a allégué que Netanyahou avait délibérément affamé la population de Gaza et ordonné des attaques contre des civils. La Cour a émis un mandat similaire contre l'ancien ministre de la Défense Yoav Gallant.

La décision a suscité des réactions très contrastées. Le président américain de l'époque, Joe Biden, l'a qualifiée de « scandaleuse ». Netanyahou l'a dénoncée, la jugeant « absurde », « fausse » et « antisémite », et a rejeté l'autorité de la Cour. Tout comme Israël, les États-Unis ne sont pas membres de la CPI. Les Pays-Bas et l'Irlande ont déclaré qu'ils exécuteraient le mandat, tandis que la Hongrie et la France ont laissé entendre qu'elles n'arrêteraient pas Netanyahou sur leur territoire. La CPI ne dispose d'aucune force de police propre et dépend entièrement des États membres pour faire appliquer ses décisions ; c'est pourquoi des pays non membres comme les États-Unis, Israël, la Chine et la Russie peuvent tout simplement les ignorer.

Fait notable, la Cour a émis le même jour des mandats contre des dirigeants du Hamas, notamment Mohammed Deif, commandant en chef des brigades al-Qassam, dont l'armée israélienne a par la suite confirmé la mort. Les demandes de mandats visant le chef politique du Hamas, Ismaïl Haniyeh, et Yahya Sinouar, chef du Hamas à Gaza, ont été retirées après que les deux hommes eurent été tués par Israël.

Il existe une raison importante pour laquelle la CPI et Israël ne sont pas sur un pied d'égalité dans ce dossier : en vertu du principe de « complémentarité » de la Cour, une affaire devient irrecevable si le pays compétent mène déjà lui-même une véritable enquête. Le système judiciaire israélien est suffisamment solide et indépendant pour enquêter sur ses propres soldats et dirigeants sans intervention extérieure. À l'inverse, l'Autorité palestinienne ne dispose d'aucun pouvoir comparable pour poursuivre le Hamas pour les crimes commis contre des Israéliens ou des Gazaouis.

George Deek, envoyé spécial auprès du monde chrétien (Crédit photo : Tapdıq Fərhadoğlu/wikimedia.org)

Un Palestinien brise le silence

Puis, en décembre 2025, un homme originaire de Gaza est entré dans l'histoire en devenant le premier Palestinien à déposer une plainte contre le Hamas auprès de la CPI. Ses avocats, qui ont préservé son anonymat pour sa sécurité, ont soumis une plainte de 40 pages demandant l'ouverture d'une enquête sur 14 dirigeants du Hamas pour des crimes commis contre leur propre peuple.

Cet homme aurait perdu sa femme, ses enfants et d'autres membres de sa famille pendant la guerre, et la plainte soutient qu'ils seraient toujours en vie si le Hamas n'avait pas commis de crimes de guerre contre les Gazaouis eux-mêmes.

Le chef d'accusation de crimes de guerre comprend l'utilisation de civils comme boucliers humains, les attaques contre des civils et des biens de caractère civil, le fait de causer intentionnellement de grandes souffrances, la destruction de biens, les pertes en vies humaines ou les blessures incidentes excessives, les attaques contre des biens protégés, les atteintes à la dignité de la personne, l'enrôlement d'enfants et les exécutions sans procès équitable. Le chef d'accusation de crimes contre l'humanité comprend le meurtre, l'extermination, la torture et la persécution.

Ces allégations rejoignent ce que les responsables israéliens affirment depuis des années : le Hamas dissimule ses combattants parmi les civils et construit des tunnels et des bases sous des habitations, des hôpitaux, des mosquées et des écoles — transformant ainsi sa propre population en bouclier humain.

Le dossier contre le Hamas

La plainte nomme les 14 dirigeants du Hamas. Izz al-Din al-Haddad, identifié par Israël comme le successeur de Mohammed Deif et l'un des principaux planificateurs de l'attaque du 7 octobre, aurait été tué lors d'une frappe aérienne israélienne en mai 2026. Figurent également sur la liste Khaled Mechaal, prédécesseur d'Ismaïl Haniyeh à la tête du bureau politique du Hamas ; Mahmoud al-Zahar, cofondateur du Hamas ; Moussa Abou Marzouk, premier chef politique du mouvement ; et Khalil al-Hayya, qui préside le bureau politique depuis juillet 2026. Les autres noms — Mohammed Odeh, Muhannad Rajab, Ghazi Hamas, Izzat al-Rishq, Fathi Hamad, Nizar Awadallah, Husam Badran, Zaher Jabarin et Basem Naim — complètent la liste des dirigeants politiques et militaires du Hamas visés par la plainte.

C'est la première fois que la CPI est saisie d'une accusation selon laquelle le Hamas aurait commis des crimes contre son propre peuple.

Elliot Malin, l'un des avocats représentant le Gazaoui, a écrit sur X : « La conduite délibérée du Hamas à Gaza a considérablement aggravé les préjudices subis par les civils palestiniens. Il faudra rendre des comptes pour les souffrances inutiles infligées au peuple palestinien, et la CPI ne peut prétendre se soucier de la justice si elle reste muette face à ces crimes. »

Un autre avocat du plaignant, Eli Rosenbaum, ancien procureur spécialisé dans les crimes de guerre au département de la Justice des États-Unis, a déclaré au Jerusalem Post que « si les combattants du Hamas avaient combattu conformément au droit international établi de longue date, au lieu de se cacher derrière et sous les hommes, les femmes et les enfants civils de Gaza, le nombre de victimes civiles n'aurait sans aucun doute représenté qu'une fraction de ce qu'il a été ».

 

La Cour pénale internationale à La Haye, aux Pays-Bas (Crédit photo : Thomas Wolf/wikimedia.org)

Une Cour devenue muette

Jusqu'à présent, la Cour n'a ni répondu ni ouvert d'enquête, ce qui pourrait s'expliquer en partie par les turbulences à sa tête. Le procureur Karim Khan s'est mis en retrait de ses fonctions l'an dernier à la suite d'allégations d'inconduite impliquant un membre de son personnel, et ses adjoints dirigent le bureau depuis lors.

Pendant ce temps, la Cour ne reste pas inactive lorsqu'il s'agit d'Israël. En mai 2026, le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, a annoncé que le procureur de la CPI avait soumis une demande confidentielle de mandat d'arrêt à son encontre, apparemment en lien avec la politique d'implantation en Judée-Samarie. Les juges ne l'ont pas accordée, et la Cour n'a pas confirmé l'existence de cette demande. Mais la tendance est éloquente : un regain d'offensive contre des responsables israéliens, parallèlement à des mois de silence sur les plaintes visant le Hamas.

Comme Malin l'a déclaré à JNS en mai : « Nous ne cessons pas de réclamer justice simplement parce que la Cour ne veut pas répondre. Nous continuerons de frapper à la porte jusqu'à ce qu'elle rende justice aux victimes. »

Reste à savoir si la CPI répondra un jour aux cris des Palestiniens contre le Hamas — et non contre les Juifs. Mais un adage semble expliquer ce silence jusqu'ici : « No Jews, no news » (pas de Juifs, pas de nouvelles). Si Israël ou le peuple juif ne peuvent être tenus responsables des souffrances à Gaza, le monde ne veut pas en entendre parler.

 

 

 

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