Quand Israël se trompe

Il avait fait ses devoirs. Cela était évident dès les cinq premières minutes de l'entretien.
L'objectif annoncé était de dresser un portrait de la vie en Israël en temps de guerre. Au lieu de cela, le journaliste est arrivé avec une liste. Pas d'accusations générales, mais des faits précis : un incident ici, le comportement d'un soldat là, une accusation tirée d'une interview, une décision prise dans le feu de l'action. Il a commencé en 1948, puis a avancé dans le temps, guerre après guerre, intifada après intifada, pour aboutir à une seule question : « Comment justifiez-vous ces choses ? »
« Je ne les justifie pas », lui ai-je simplement répondu.
Laissez-moi m'expliquer. Comme toute nation, Israël connaît ses triomphes et ses échecs : des moments sombres de honte et de fautes dont n'importe quel pays pourrait offrir l'équivalent. Nous nous attendons à ce que des erreurs se produisent. Et lorsqu'elles surviennent, nous attendons des gouvernements, des armées et des tribunaux non pas qu'ils les justifient, mais qu'ils enquêtent, établissent les responsabilités et rendent leur verdict. C'est exactement ce que fait Israël. Des enquêtes sont ouvertes. Les torts sont attribués. Les coupables sont punis. Mais justifier ? Jamais.

« L'erreur est humaine », écrivait Alexander Pope, reprenant un proverbe latin bien plus ancien. Dites-le de n'importe quelle nation, et nous hochons la tête en signe de compréhension. Bien sûr, les gouvernements se trompent et les armées commettent des erreurs de calcul. Ils sont composés de personnes faillibles qui accomplissent une tâche impossible sous une pression impossible, et il leur arrive parfois de se tromper de manière catastrophique. Cela ne nous plaît pas, mais c'est la vérité. Évident, voire superflu, dit ainsi.
Alors pourquoi n'en va-t-il pas de même pour Israël ?
Deux statues, deux mesures
J'entends souvent dire qu'en Israël, les Juifs crachent sur les chrétiens. Je suis chrétienne. Je vis dans l'État juif, parmi des voisins juifs, depuis près de neuf ans. Ils savent exactement qui je suis. Je n'ai jamais connu auprès d'eux que l'hospitalité.
Pourtant, les incidents sont bien réels. En août, six Juifs israéliens ont craché devant l'entrée d'un monastère à Jérusalem. En avril, un homme a agressé une religieuse. Le même mois, un soldat dans le sud du Liban s'en est pris à coups de masse à une statue de Jésus (Yeshoua).
C'est terrible. Et dans chaque cas, des poursuites ont été engagées. Les six Israéliens ont été placés en garde à vue en quelques heures. L'agresseur de la religieuse a été inculpé et encourt une peine doublée. Le soldat à la masse, ainsi que l'homme qui l'a filmé, ont été emprisonnés. La police s'est engagée à traiter les incidents visant des chrétiens avec la plus grande sévérité, et le président Isaac Herzog a affirmé qu'Israël répond à une telle hostilité « avec vigueur ». Puis est venu le travail plus difficile. Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Sa'ar, a nommé George Deek, un chrétien arabe israélien, au poste d'envoyé spécial auprès du monde chrétien — le premier poste de ce genre au monde — avec pour mission de s'attaquer de front aux incidents antichrétiens. En somme, Israël a constaté un problème. Et au lieu de le justifier, Israël a agi.
Comparez maintenant avec la ville de New York. En août, un homme a sauté par-dessus la clôture d'une église, a sorti un marteau et a brisé une statue de la Vierge Marie : la quatrième attaque de ce type contre cette paroisse depuis 2024. Quelques semaines plus tôt, les portes d'une autre église avaient été vandalisées et une statue endommagée. Ailleurs dans la ville, la police était à la recherche des auteurs d'une série d'actes de vandalisme contre des églises.
Je n'ai encore entendu personne qualifier les New-Yorkais de peuple qui hait les chrétiens. Les crimes sont imputés à ceux qui les ont commis, et non aux huit millions de personnes qui partagent leur ville. Israël a-t-il bénéficié de la même considération ? Le même type d'acte, poursuivi plus rapidement et plus visiblement qu'à New York, devient malgré tout la preuve de ce qu'est Israël, et non de ce qu'ont fait des Israéliens. L'erreur est humaine, et pour toutes les autres nations, nous l'acceptons. Mais lorsqu'un Israélien commet une faute, celle-ci devient curieusement l'identité d'Israël ; non plus des erreurs individuelles, mais la preuve, prétendument, de ce qu'est la nation juive elle-même.

Coupable jusqu'à preuve de sa culpabilité
Une fois cette identité collée à la peau, elle devient le prisme à travers lequel tout ce que fait Israël est perçu. Lorsqu'un hôpital de Gaza a été touché, le récit, pendant des jours, a été qu'Israël l'avait frappé, avant que les preuves ne désignent un tir de roquette raté du Hamas. Des églises endommagées à proximité de caches d'armes que le Hamas avait installées juste à côté sont présentées comme des crimes israéliens. Des personnes décrites comme médecins ou journalistes, tuées lors de frappes, sont identifiées des mois plus tard comme des membres du Hamas. Mais le mal est fait. Le démenti ne voyage jamais aussi loin que l'accusation. Le débat ne commence plus par la question de savoir si Israël est coupable, mais plutôt par celle de savoir à quel point il l'est.
Pour le peuple juif, c'est une vieille pièce jouée par de nouveaux acteurs. Chaque erreur devient une munition, chaque accusation devient un fait, car le but n'a jamais été la justice. Tout cela fait partie du réquisitoire contre l'État juif, qui n'attend que des preuves pour combler les blancs.
Il existe un mot pour désigner le fait d'imposer à une nation une norme qui ne serait jamais appliquée ailleurs, puis de la vilipender parce qu'elle ne parvient pas à atteindre cette norme impossible. Ce mot, c'est l'antisémitisme : un « deux poids, deux mesures » appliqué à l'identité d'Israël, et non à sa conduite.
Nos propres lunettes roses
Il y a aussi un revers à la médaille. Aimer Israël peut, insidieusement, conduire à une variante de la même erreur. Lorsque nous aimons un peuple, il est facile de commencer à le regarder à travers des verres juste assez teintés pour adoucir les aspérités. Ce journaliste s'attendait à ce que je cherche des excuses, que je justifie. Je ne l'ai pas fait, car Israël n'a jamais eu besoin d'être parfait pour que je me tienne à ses côtés.
Dieu l'a clairement établi dès le commencement. Il n'a pas choisi Israël parce qu'il était meilleur, plus intelligent, plus saint ou plus méritant que les autres peuples (Deutéronome 7:7-8). Être élu, au sens biblique, n'est pas une question de supériorité, mais de fonction et de but : être choisi pour jouer un rôle dans Son plan. Pourtant, nous l'oublions facilement. Le désert fleurit. L'économie est en plein essor. Des missiles balistiques sont interceptés en plein vol. La « start-up nation » enchaîne les inventions, et il devient tentant d'y voir la preuve qu'Israël est meilleur, plutôt que la main de Dieu posée sur lui pour le bénir.
Mais Israël est humain, sujet à l'échec comme n'importe qui. Et lorsque cela arrive, comme ce sera forcément le cas, la déception n'est généralement pas loin.
Israël n'a pas besoin d'un fan-club qui tressaille chaque fois qu'il trébuche, mais d'amis qui n'exigent pas de lui une norme qu'ils ne s'imposeraient pas à eux-mêmes. Les amis se voient mutuellement tels qu'ils sont : humains, faillibles, faisant de leur mieux, chutant parfois, toujours redevables de leurs actes. C'est tout simplement un amour qui n'a jamais été lié à la performance.
Rien de tout cela ne revient à justifier. Chercher des excuses, c'est ce qui se produit lorsque la perfection était attendue et que l'écart doit soudain être expliqué à tout prix.
Se tenir aux côtés du peuple d'Israël est intimement lié au fait de se tenir aux côtés du Dieu d'Israël. Il est parfait. Ses plans et Ses desseins sont parfaits. Il ne s'agit pas de défendre un idéal sans péché, ni de garder des lunettes roses sur le nez pour regarder un peuple que Dieu n'a jamais demandé à quiconque de voir autrement qu'humain. C'est simplement ce que signifie cheminer aux côtés d'une nation qui s'astreint encore au travail difficile, souvent chaotique, de rendre des comptes.
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