Le faux libérateur du Sud-Liban

Le protocole d’entente d’Islamabad, signé en juin par les États-Unis et l’Iran afin de désamorcer le conflit, a suscité de vives inquiétudes en Israël. L’une des principales réserves tenait au fait qu’Israël, sans avoir pris part aux négociations, s’est vu enjoindre de cesser les hostilités avec le Hezbollah, l’armée terroriste soutenue par l’Iran et postée à sa frontière nord avec le Liban. En somme, les négociateurs iraniens ont exigé qu’Israël s’engage à un cessez-le-feu au Sud-Liban en échange du maintien de l’ouverture du détroit d’Ormuz.
Si Israël ne désire rien tant qu’une paix durable sur tous les fronts, cette option n’est malheureusement pas sur la table. L’État juif sait que, sans maintenir la pression militaire sur le Hezbollah, ses communautés du nord ne connaîtront jamais le calme. C’est pourquoi le Premier ministre a tenu bon et qu’Israël a poursuivi ses frappes contre des cibles du Hezbollah.

Le Parti d’Allah
Ce scénario récent n’a rien de nouveau dans la lutte, vieille de plusieurs décennies, pour la domination politique et militaire du Levant. Israël ne revendique aucun territoire et ne souhaite contrôler aucune partie de la population au nord de sa frontière avec le Liban ; le gouvernement libanais, pour sa part, ne revendique aucun territoire israélien au sud de cette frontière commune — une frontière qui pourrait pourtant être pacifique. Où est donc le problème ? La réponse tient en un mot : Hezbollah. Rectification : en deux mots : Hezbollah et Iran.
Le Hezbollah, dont le nom arabe signifie littéralement « Parti de Dieu », est une armée terroriste chiite qui agit par procuration pour le compte de l’Iran. Né au début des années 1980 avec la double mission de dominer politiquement le Liban et d’en chasser militairement l’armée israélienne, le Hezbollah a depuis réalisé d’importantes avancées — grâce au soutien iranien. À l’époque de sa création, Tsahal était déployé au Sud-Liban après en avoir expulsé l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) de Yasser Arafat, qui terrorisait depuis longtemps les Israéliens le long de la frontière nord. Ainsi commença une saga de quatre décennies, faite de frictions, d’affrontements et de guerre ouverte entre le Hezbollah et Tsahal.
Occupant ou libérateur ?
Le meilleur moyen de comprendre cette lutte acharnée est de suivre, à travers une chronologie, le rôle de « libérateur » et d’« occupant » que le Hezbollah a joué au Sud-Liban au cours des quarante dernières années.
1982–1985
Intervention israélienne : Tsahal entre au Sud-Liban pour démanteler les réseaux terroristes de l’OLP qui lancent des attaques transfrontalières contre Israël. Les populations chrétiennes, druzes et chiites l’accueillent d’abord en libérateur.
Naissance du Hezbollah : Soutenu par l’Iran, le Hezbollah voit le jour et se présente comme la « résistance islamique » afin de mener une guérilla contre Israël et d’étendre l’influence iranienne.

1986–1999
Israël établit une zone tampon : Aux côtés de l’Armée du Liban-Sud (ALS), Israël maintient une zone de sécurité dans le sud pour protéger le nord du pays des tirs de roquettes transfrontaliers. Dans toutes les communautés confessionnelles, l’opinion locale se retourne contre Israël.
Expansion du Hezbollah : Le Hezbollah mène une guerre asymétrique continue contre Tsahal et l’ALS, exploitant le sentiment anti-israélien pour asseoir sa domination politique et militaire au Liban.
2000–2005
Retrait israélien : En mai 2000, par opportunisme politique, Israël retire unilatéralement toutes ses forces jusqu’à la Ligne bleue tracée par l’ONU, se conformant ainsi à la résolution 425 de l’ONU, qui visait à rétablir la frontière internationale.
Le Hezbollah crie victoire : Au lieu de désarmer comme l’exige l’ONU, le Hezbollah présente ce retrait comme un triomphe militaire et poursuit ses attaques transfrontalières de faible intensité ainsi que ses tentatives d’enlèvement.
2006–2007
Retour d’Israël : Après que le Hezbollah a tué huit soldats, en a enlevé deux et a tiré des salves de roquettes sur Israël le 12 juillet 2006, Tsahal lance une vaste campagne pour déloger l’infrastructure terroriste du Hezbollah au Sud-Liban.
Le Hezbollah s’empare de l’État : Le Hezbollah tire près de 4 000 roquettes sur des centres urbains israéliens. Malgré de lourdes pertes, il revendique une « victoire divine ». Cela provoque une vive réaction au sein des factions non chiites, inquiètes de voir le Hezbollah tenir le pays en otage.
2008–2022
Le Hezbollah se retourne contre les siens : En mai 2008, le Hezbollah retourne ses armes contre son propre peuple et s’empare de quartiers de Beyrouth pour protéger son réseau de communication privé ; de mandataire régional, il devient un occupant armé de l’État libanais, de l’intérieur.
Israël fait barrage : Israël fait respecter ses lignes rouges par des frappes aériennes ciblées visant à intercepter les livraisons d’armes iraniennes, tout en maintenant une solide dissuasion le long de la Ligne bleue.
2023 à aujourd’hui
Israël libère : À la suite des attaques lancées par le Hezbollah contre Israël le 8 octobre, en solidarité avec le Hamas, Israël entre au Sud-Liban pour démanteler l’infrastructure frontalière du Hezbollah. Les factions anti-Hezbollah y voient l’occasion de briser l’emprise étouffante du Hezbollah sur l’État.
Le Hezbollah s’effrite : Tandis que le Liban jongle entre différents cadres de cessez-le-feu et le déploiement des Forces armées libanaises (FAL) dans le sud, la prétention du Hezbollah au rôle de « libérateur » s’effondre. La plupart des Libanais considèrent désormais son statut armé comme le principal obstacle à la souveraineté de l’État.
Un nouvel espoir de paix
Si le protocole d’entente d’Islamabad a suscité des inquiétudes en Israël, il a aussi ouvert la voie à une nouvelle forme de négociation — pour le plus grand bénéfice du Liban comme d’Israël. Sous la supervision du secrétaire d’État américain Marco Rubio, des négociateurs libanais et israéliens se sont réunis à Washington afin de conclure un accord historique. Les deux parties ont affirmé qu’il n’existe aucun différend territorial entre elles et ont reconnu leur volonté de parvenir à la paix. Bien que la proposition prévoie un retrait militaire israélien du Sud-Liban, Tsahal ne se désengagerait que par étapes, à mesure que l’armée libanaise prendrait le contrôle des territoires et désarmerait le Hezbollah.
Hanin Ghaddar est journaliste, chercheuse principale au programme Rubin sur la politique arabe du Washington Institute, et une femme chiite qui a grandi au Sud-Liban, profondément imprégnée de la culture du conflit. Dans une entrevue accordée au Times of Israel le 2 juillet, elle a livré un éclairage d’experte sur l’histoire du conflit et sur la façon dont les Libanais perçoivent le Hezbollah. Selon elle, la population locale a découvert le vrai visage du groupe terroriste lorsqu’il a imposé une application stricte de la charia, s’est rangé du côté d’une classe politique corrompue et a lâché ses hommes de main contre des concitoyens qui manifestaient pour réclamer justice.
Hanin Ghaddar souligne que le Hezbollah est responsable de l’explosion survenue au port de Beyrouth en 2020 et que ses agents menacent actuellement les juges chargés de l’affaire. Par conséquent, lorsque le Hezbollah est entré en guerre contre Israël le 8 octobre 2023, le groupe terroriste ne jouissait que d’un très faible soutien populaire. La majeure partie de la population chiite ne croit plus en « la résistance » et ne voit plus le Hezbollah comme son libérateur. Elle lui reproche au contraire les destructions en cours, consciente que le groupe a provoqué le conflit avec Israël en sachant pertinemment quelle serait la riposte israélienne.
En définitive, selon Hanin Ghaddar, le peuple libanais aspire à la paix avec Israël.
Et le libérateur est…
Les citoyens libanais sont encouragés par leur nouveau président, le chrétien maronite Joseph Aoun, qui, aux côtés de l’armée libanaise, fait preuve d’une ferme détermination à désarmer ce qui reste des forces du Hezbollah. La population aspire à ce que l’État appartienne enfin au peuple libanais. Et beaucoup se demandent si Tsahal pourrait, une fois de plus, jouer le rôle de libérateur, comme il l’a fait à l’époque de l’OLP.
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