L'accord d'aide militaire entre les États-Unis et Israël : à qui profite-t-il vraiment ?

L'une des critiques récurrentes adressées aux États-Unis comme à Israël concerne l'aide militaire d'environ 4 milliards de dollars américains qui passe chaque année des coffres de Washington au budget de la défense de Jérusalem. Les détracteurs reprochent aux États-Unis de favoriser injustement l'État juif et accusent Israël d'utiliser ces fonds pour commettre des atrocités contre les Palestiniens. Examinons ces enjeux et ces accusations en répondant à trois questions essentielles.
De la réticence au soutien
Les États-Unis n'ont pas toujours soutenu Israël avec autant de constance. Bien qu'ils soient souvent salués comme la première nation à avoir reconnu le jeune État juif en 1948, leurs intérêts stratégiques étaient alors tournés vers le monde arabe et ses vastes réserves de pétrole, et non vers le fragile reste juif de Sion, dépourvu de pétrole et menacé par l'assaut arabe imminent. Le département d'État américain a constamment entravé tout rapprochement avec les sionistes afin de ménager les Arabes et de préserver l'approvisionnement en pétrole. Par conséquent, le gouvernement américain faisait peu de cas d'Israël à ses débuts.
La guerre froide, avec la menace soviétique croissante envers les intérêts américains, a changé la donne. Alors que les Soviétiques armaient l'Égypte, la Syrie et l'Irak, les États-Unis avaient besoin d'un Israël militairement solide comme tête de pont pour la stabilité régionale. La victoire éclatante de l'État juif lors de la guerre des Six Jours, en 1967, a scellé l'entente : Israël est passé du statut de fardeau potentiel à celui d'atout stratégique dans cette région tumultueuse. Puis, la guerre du Kippour de 1973, qui a failli tourner au désastre pour Israël, a révélé l'ampleur de l'armement soviétique de pointe utilisé par les armées arabes et a montré que le petit Israël était devenu la ligne de front de la course aux armements entre les superpuissances, ce qui a entraîné une hausse importante de l'aide militaire américaine.

Les années 1980 et 1990 ont vu croître l'influence politique des évangéliques aux États-Unis. Elle s'est accompagnée d'une affinité manifeste pour des valeurs bibliques, historiques et culturelles communes. Les États-Unis et Israël défendaient tous deux des principes démocratiques, religieux et d'économie de marché dans leurs sphères d'influence grandissantes. Toutefois, le facteur le plus déterminant a été le lien spirituel commun avec la terre et le peuple d'Israël reconstitués : la théologie biblique du sionisme professée par les chrétiens américains a ainsi directement façonné les décisions de financement du Congrès.
Comment Israël utilise-t-il l'aide qu'il reçoit ?
Où Israël dépense-t-il la majeure partie des milliards qu'il reçoit ? Aux États-Unis, tout simplement ! En vertu de l'accord, Israël utilise des bons du gouvernement américain pour acheter des armes presque exclusivement auprès d'entreprises américaines. Autrement dit, les achats israéliens de munitions de précision, d'avions, de missiles et de technologies contribuent à créer des emplois pour des milliers d'Américains.
Autre élément important : les milliards qu'Israël consacre à l'achat d'armes servent exclusivement à sa survie, puisque l'État juif fait face à des menaces existentielles depuis sa création. De plus, la majeure partie de l'arsenal israélien financé par les États-Unis est défensive : les systèmes antimissiles comme le Dôme de fer, la Fronde de David et l'Arrow représentent la grande majorité des dépenses de défense d'Israël. Et les mesures passives, telles que les radars, les technologies d'alerte précoce, les blindages de protection et l'équipement de soutien aux troupes, ne font que refléter la nécessité pour Israël de rester vigilant face à la menace djihadiste d'anéantissement. Lorsqu'Israël passe à l'offensive, à contrecœur, il doit être armé pour un engagement décisif afin d'écraser rapidement toute tentative, alimentée par l'Iran, de rayer Israël de la carte.

Les forces aériennes, terrestres et navales d'Israël emploient des munitions guidées dans un effort concerté pour réduire au minimum les pertes parmi les non-combattants. Aucune nation opérant sur le champ de bataille urbain moderne n'a investi davantage dans le ciblage de précision, les avertissements d'évacuation et la création de zones sûres pour les populations menacées. Bien que Tsahal (l'armée israélienne) soit largement blâmé pour les pertes civiles, les faits montrent que le monde a une dette d'honneur envers une armée qui accorde tant de valeur à la vie humaine qu'elle sacrifie ses propres soldats pour épargner la vie de son ennemi.
Qu'est-ce que les États-Unis y gagnent ?
Les observateurs extérieurs évaluent souvent le soutien américain à Israël d'après ce que dit ou fait le président des États-Unis. Si l'administration en place joue un rôle crucial, la véritable mesure de la détermination américaine réside dans la façon dont les 535 représentants du peuple, c'est-à-dire le Congrès américain, votent sur les questions concernant Israël. Répondant aux attentes de leurs électeurs de chaque État et de chaque circonscription, les membres du Congrès ont historiquement apporté un soutien bipartisan à Israël. Par leurs votes, les législateurs américains ont affirmé à maintes reprises que la sécurité d'Israël constitue un intérêt national fondamental.
Depuis la guerre des Six Jours de 1967, les stratèges américains reconnaissent l'État juif comme une force stabilisatrice dans une région instable, marquée par les coups d'État et l'extrémisme islamiste. Un Israël fort évite aux États-Unis de devoir déployer leurs propres troupes, comme ils l'ont déjà fait à un prix très élevé. En 1981, le secrétaire d'État américain Alexander Haig a qualifié Israël, dans une formule restée célèbre, de « plus grand porte-avions de l'Amérique, qui n'exige pas un seul soldat américain à bord ». Pour un coût équivalant à 0,05 % du budget fédéral total, confier la sécurité du Moyen-Orient à Israël s'avère une excellente affaire pour les États-Unis et l'Occident.
Les États-Unis et leurs alliés profitent énormément du partage de renseignements, des avancées technologiques et de l'expérience opérationnelle d'Israël, de calibre mondial. Si les États-Unis parviennent à savoir quels troubles fomente l'Iran, principal parrain du terrorisme dans le monde, c'est directement grâce aux remarquables services de renseignement israéliens. Les États-Unis ont également autorisé l'industrie de défense israélienne à apporter des modifications aux avions de chasse F-35, aux systèmes de défense antimissile et à d'autres équipements, commodément éprouvés au combat par les forces israéliennes — des améliorations spectaculaires qu'elle partage avec les États-Unis. Encore une aubaine pour cette superpuissance avisée.
Un Israël armé pour l'avenir
Alors que le bilan des morts à Gaza, provoqué par le Hamas, ne cessait de s'alourdir, l'ancien président Joe Biden a commencé à faire pression sur Israël pour obtenir un cessez-le-feu en suspendant certaines ventes de bombes. Depuis, des voix israéliennes réclament de plus en plus l'indépendance en matière d'armement. L'objectif du premier ministre Benyamin Netanyahou est de voir Israël libéré de sa dépendance envers les États-Unis d'ici une dizaine d'années. Doté de l'une des industries d'armement les plus avancées au monde, Israël est désormais en mesure de fabriquer ses propres avions de chasse, bombes de précision et défenses antimissiles. Exemple éloquent : le laser Iron Beam (Rayon de fer) est actuellement en cours de déploiement afin de remplacer des systèmes antimissiles qui incarnent la dépendance envers les États-Unis.
Aussi constant qu'ait été le soutien du Congrès américain, certains signes indiquent qu'il s'essouffle. Israël se rend compte que les prochaines générations d'Américains ne seront peut-être plus à ses côtés. Si troublant que cela soit pour tous ceux qui aiment Israël, ne pourrait-il pas s'agir de la main de Dieu qui pousse Son peuple rassemblé à dépendre davantage de Lui ? Si le Seigneur des armées a donné à l'État juif la détermination, le savoir-faire et les ressources nécessaires pour être le chef de file de la région, ne devrait-il pas se montrer à la hauteur de cette responsabilité ? Voilà des questions de poids sur lesquelles Israël, tout comme ceux qui affirment se tenir à ses côtés, doivent méditer.
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