Iran 2.0 : rallumer le cercle de feu

En juin 2025, l'opération surprise « Lion qui se lève » menée par Israël, mieux connue sous le nom de « guerre des Douze Jours », a pris l'Iran au dépourvu. En quelques minutes, Israël a éliminé de hauts commandants militaires et d'éminents scientifiques nucléaires iraniens, ébranlant en profondeur la direction militaire et stratégique du régime. En quelques heures, Israël avait neutralisé le réseau de défense aérienne iranien, établi sa suprématie dans le ciel de l'Iran, frappé d'importants centres de production de missiles et sérieusement entamé la confiance de la République islamique en son propre appareil sécuritaire.
À ce moment-là, les proxys terroristes de Téhéran postés aux frontières d'Israël chancelaient déjà. Après deux ans de guerre, le Hamas à Gaza, le Hezbollah au Liban et les Houthis au Yémen avaient perdu des commandants, des stocks d'armes et leur capacité à agir de concert. Lorsque Israël a ensuite frappé au cœur de l'Iran, le régime s'est tout simplement révélé incapable d'orchestrer une riposte unifiée sur plusieurs fronts.
L'opération surprise américaine « Marteau de minuit », le 22 juin, a amplifié le choc : des bombardiers B-2 américains ont largué des bombes antibunker sur les sites nucléaires iraniens, suivies de missiles de croisière Tomahawk tirés depuis un sous-marin américain. Parallèlement, les défenses aériennes américaines et israéliennes ont uni leurs efforts pour intercepter le barrage de missiles iraniens visant Israël, atteignant un taux d'interception de 85 %.

À l'issue de l'opération, des responsables israéliens ont qualifié « Lion qui se lève » de l'une des campagnes militaires les plus efficaces de l'histoire du pays. Dans une évaluation publiée en novembre, une délégation d'anciens commandants américains l'a décrite comme un « chef-d'œuvre opérationnel ».
Israël semblait avoir fait reculer l'Iran de plusieurs années.
Un revers majeur, mais pas une capitulation
Il est vite apparu que si l'Iran avait encaissé un coup très dur, il n'avait pas été vaincu. D'un côté, l'opération a révélé à quel point les défenses iraniennes avaient été compromises. Pendant les 12 jours de guerre, les avions israéliens ont manœuvré presque librement dans l'espace aérien iranien. Les systèmes d'alerte précoce ont été paralysés. Des installations stratégiques dont la construction avait pris des années ont été détruites en quelques heures. La guerre a mis au jour des vulnérabilités que le régime niait depuis longtemps — et a laissé l'Iran s'efforcer tant bien que mal de reprendre pied.
Mais d'un autre côté, bien que l'Iran ait subi un sérieux revers, la République islamique est loin d'être finie. C'est l'analyse qu'a partagée avec Bridges for Peace le Dr Nir Boms, spécialiste du Moyen-Orient. « La menace iranienne a été compromise, a expliqué le Dr Boms, chercheur au Centre Moshe Dayan de l'Université de Tel Aviv et au Centre international de lutte contre le terrorisme de Hertzliya, mais je ne pense pas qu'elle ait été éliminée. » Le régime reste déterminé et n'a pas renoncé à ses objectifs, a ajouté le Dr Boms, soulignant qu'Israël s'attend à une nouvelle manche « à moyen ou à long terme ».
Face à cette réalité, l'Iran change de cap : il reconstitue son arsenal de missiles, relance certains volets de son programme nucléaire et renforce ses proxys terroristes dans la région.
Des usines de missiles qui tournent sans relâche
L'Iran affirme disposer aujourd'hui de plus de missiles qu'avant la guerre, des responsables iraniens de la défense se vantant que les chaînes de production fonctionnent « 24 heures sur 24 ».
Une enquête de CNN a révélé que l'Iran a reçu de Chine environ 2 000 tonnes de perchlorate de sodium, un composant servant à fabriquer des missiles balistiques à propergol solide. Selon des experts occidentaux, cette quantité pourrait permettre de produire plusieurs centaines de missiles.
Des images satellites montrent également que l'Iran reconstruit des sites de production de missiles endommagés, notamment ceux qui fabriquent le propergol solide. Des analystes israéliens estiment que l'Iran détenait environ 2 700 missiles avant la guerre et qu'il a déjà reconstitué au moins la moitié de ce stock.
De plus, les dirigeants iraniens évoquent ouvertement l'extension de la portée de leurs missiles, de hauts responsables confirmant que le Guide suprême a levé les limites fixées auparavant.

Une reconstruction nucléaire discrète
Bien que les États-Unis affirment que les bombes antibunker ont « enseveli » l'uranium enrichi iranien, des responsables israéliens ont confié au New York Times qu'ils estiment qu'une grande partie du stock a été discrètement déplacée avant la guerre.
L'Iran construit également un nouveau site d'enrichissement souterrain — surnommé « Pickaxe Mountain » (la montagne de la Pioche) — dont il interdit l'accès aux inspecteurs internationaux. En Iran, la pression s'intensifie en faveur de l'arme nucléaire : 70 parlementaires ont récemment réclamé l'approbation d'un arsenal nucléaire de dissuasion, et un éminent scientifique nucléaire a déclaré que l'Iran pourrait fabriquer une bombe « si l'ordre en était donné ».
Si l'Iran ne se précipite peut-être pas vers l'arme nucléaire aujourd'hui, il garde toutes les options ouvertes.
Rallumer le cercle de feu
Le « cercle de feu » de l'Iran — sa stratégie, vieille de plusieurs décennies, consistant à encercler Israël de milices hostiles — a été durement ébranlé pendant la guerre. Pourtant, aucun de ces groupes ne s'est complètement effondré. Et aujourd'hui, chacun d'eux est patiemment remis sur pied.
Le Hezbollah : affaibli, mais en voie de rétablissement
Le Hezbollah a subi de lourdes pertes : des milliers de combattants tués ou blessés, de hauts commandants éliminés et la majeure partie de son arsenal de missiles à longue portée détruite. Sa capacité à envahir le nord d'Israël — sa plus grande fierté — n'existe plus.
Mais le Hezbollah se reconstruit : il reconstitue ses stocks d'armes, recrute de nouveaux combattants, fait pression sur le gouvernement libanais au sujet du désarmement et réactive des routes de contrebande à travers la Syrie d'après-guerre. Le Liban a officiellement voté le désarmement du Hezbollah d'ici la fin de 2025 — ce qui ne s'est toujours pas concrétisé.
Le Hamas et le JIP : une réorganisation sous la houlette iranienne
Le Hamas refuse de désarmer, en violation du cessez-le-feu. L'Iran a récemment nommé un haut responsable de la force Al-Qods pour superviser la reconstruction des réseaux du Hamas et du Jihad islamique palestinien (JIP) à Gaza, au Liban et en Syrie.
Les efforts de l'Iran pour étendre ses opérations en Judée-Samarie se poursuivent. Des responsables israéliens avertissent que la présence soutenue par l'Iran dans ces territoires reste sous-estimée sur la scène internationale.
Les Houthis : prêts pour une deuxième manche
Les Houthis sont prêts à reprendre leurs attaques contre Israël et contre la navigation en mer Rouge dès que les conditions le permettront. L'Iran continue de leur fournir des drones de pointe et des capacités navales, ce qui permet au groupe de rester compétitif malgré de lourdes pertes.
Les milices irakiennes : un nouveau front
Intégrées aux forces de sécurité irakiennes, les milices irakiennes reprennent des forces après s'être faites discrètes pendant les conflits de Gaza et du Liban. Les responsables israéliens et américains craignent que l'Irak ne devienne l'un des prochains fronts majeurs de la stratégie renouvelée de l'Iran.
L'offensive de l'Iran et la riposte d'Israël
Téhéran s'empresse de rétablir sa force de dissuasion après l'humiliation de la guerre des Douze Jours et de regagner du poids face au rétablissement des sanctions et à l'évolution des alliances régionales, notamment le rapprochement progressif des États du Golfe avec Israël.
La doctrine d'Israël a elle aussi évolué. L'ancienne politique consistant à « gérer » les supplétifs iraniens est révolue. Elle a cédé la place à une stratégie de perturbation préventive : frapper les dirigeants et les lignes d'approvisionnement du Hezbollah, bloquer les transferts d'armes à travers la Syrie et l'Irak, empêcher le Hamas de reconstruire son infrastructure militaire et faire pression sur la Chine par la voie diplomatique pour qu'elle cesse ses livraisons de carburant pour missiles.
Les dirigeants israéliens considèrent que le dernier conflit n'est pas terminé — et ils sont convaincus que l'Iran partage cet avis.
En résumé
L'Iran est plus faible qu'avant la guerre — mais il n'est pas dissuadé.
Ses proxys sont affaiblis — mais ils se reconstruisent déjà.
Son programme nucléaire est perturbé — mais pas abandonné.
Le cercle de feu n'est plus ce qu'il était. À certains égards, il pourrait bientôt se révéler plus dangereux : mieux préparé, plus prêt à tout et plus déterminé.
La bataille est passée de l'affrontement ouvert à une lutte plus feutrée autour de la reconstruction et de la dissuasion. Une réalité s'impose de plus en plus clairement : ce chapitre du conflit n'est pas clos. Il est simplement entré dans une nouvelle phase, qui exigera vigilance et action résolue de la part d'Israël et de ses alliés.
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