Équipé pour combattre le mal

Télécharger la version PDF
J’écoutais avec une attention soutenue notre guide à Cracovie décrire une vie juive florissante, avant qu’elle ne soit anéantie par la machine génocidaire nazie et ses collaborateurs partageant la même idéologie. Six-millions de Juifs assassinés ! Je faisais partie d’un groupe de 32 responsables internationaux de Bridges for Peace en visite en Allemagne et en Pologne ; nous cherchions à comprendre l’horreur de la Shoah afin d’être mieux armés pour combattre l’antisémitisme d’aujourd’hui.
Une boîte à souvenirs
Je m’éloignai de quelques pas du groupe pour rejoindre un petit kiosque.
La vendeuse, une Polonaise, me jeta un regard empreint d’un ennui manifeste tandis que j’examinais les bibelots mis en vente. Soudain, j’aperçus une boîte brune en fer-blanc portant une inscription en hébreu à peine visible. J’écartai les autres objets révélant une boîte ancienne, façonnée dans un fer-blanc, martelé de piètre qualité.
Le couvercle représentait un lion ainsi que le mot hébreu Tzadakah, qui signifie « charité ». Sur la face avant figurait une image en cuivre montrant un vieil homme juif aux côtés d’un jeune garçon, tous deux penchés sur un livre. L’inscription en hébreu à côté des personnages disait : « Tzadakah L’Hader ».
Il s’agissait d’une boîte à dons ! Des millions de boîtes semblables, de formes et de tailles variées, avaient orné les foyers, les écoles et les synagogues des Juifs d’Europe ; on y déposait de l’argent destiné aux pauvres pour accomplir une mitzvah (un acte de bienfaisance), une pratique qui perdure encore aujourd’hui.

« C’est une tirelire juive », dit la vendeuse en emballant le trésor que je venais de sauver. « Elle date d’avant la guerre. » Je lui tendis de l’argent et répondis : « Ce n’est pas une tirelire juive. » En m’éloignant, je contemplai ma trouvaille, suivant du doigt les lettres hébraïques. Je songeais à un passé inconnu. À qui avait-elle appartenu ? Dans quelle maison ou quelle synagogue avait-elle été exposée ? Bien sûr, je ne le saurai jamais.
Presque tous les Juifs du ghetto de Cracovie (établi en mars 1941) avaient été tués à la tâche, abattus ou déportés vers des camps d’extermination tels que Belzec ou Auschwitz-Birkenau. Le mal absolu, sous forme humaine, avait anéanti la communauté.
L’Enfer de Dante : Les profondeurs du mal
Les dirigeants de BFP ont visité des lieux hantés par la mort tels que Treblinka (environ 850 000 Juifs assassinés) et Auschwitz-Birkenau (environ 1,1 million de Juifs assassinés). Nous avons contemplé la chambre à gaz de Majdanek, où 200 personnes nues étaient entassées simultanément ; une fois la porte scellée, tous étaient assassinés en moins de 20 minutes.
Nous avons ensuite visité la chambre à gaz d’Auschwitz I, qui pouvait contenir 600 personnes à la fois, avec la même issue fatale. Toutefois, les nazis devaient suivre le rythme des déportations et de l’extermination massives des Juifs ; ils construisirent donc huit autres chambres à gaz à Auschwitz II-Birkenau. Ces vastes installations permettaient de tuer 2 000 personnes simultanément, soit un total de 10 000 par jour.

Nous nous sommes tenus près d’une chambre à gaz détruite. Elle avait été construite sous le sol pour étouffer les cris. Notre regard suivait les marches en pierre menant à la salle de déshabillage ainsi que la toiture effondrée de la chambre à gaz principale. Nous étions bouleversés.
Deux moments marquants de notre voyage resteront à jamais gravés dans ma mémoire. Le premier fut de me tenir devant une montagne de cendres humaines à Majdanek. Le second fut de toucher une porte calcinée, seul vestige d’une grange, où plus de 340 juifs ont été brulés vifs par des civils Polonais dans le village de Jedwabne.
En réfléchissant à la nature du mal, je me suis souvenu du massacre du Hamas le 7 octobre 2023, le plus grand massacre de Juifs en une seule journée depuis la fin de la Shoah. Le 7 octobre a déchaîné la haine antisémite à travers le monde à un niveau sans précédent, rappelant les atrocités commises en Europe dans les années 1930. Des gens du monde entier et de toutes les couches de la société ont blâmé le peuple juif, justifié son massacre, trouvé des excuses à ses souffrances, ou encore inventé des récits et nié les preuves tout en rejetant la faute sur autrui.

L’idéologie du mal, qui animait autrefois les nazis et leurs partisans, est bien vivante aujourd’hui à travers le Hamas et ses millions de défenseurs à travers le monde. Cette idéologie se manifeste sous diverses formes : du militant hostile au pasteur indifférent, en passant par le créateur de podcasts malveillants ou le gauchiste en quête de vertu affichée. Quelle que soit la source, il s’agit de ce même endoctrinement progressif qui finit par s’enraciner dans les ténèbres du cœur humain.
Réflexions sur la nature du mal
De nombreux grands penseurs, philosophes et théologiens ont réfléchi au mal, à sa nature, à ses manifestations et à ses origines. Le philosophe allemand Friedrich Nietzsche (1844–1900) estimait que les individus devaient rejeter les religions traditionnelles, les systèmes moraux et les convictions pour s’efforcer de bâtir leurs propres valeurs fondées sur le sens et le but de la vie. Il a lancé sa célèbre déclaration « Dieu est mort ! » dans le sillage de la science moderne, de la laïcité et de la théorie de l’évolution.
Mais qu’en est-il du mal ? Dans Par-delà le bien et le mal, Nietzsche écrit : « Celui qui lutte contre des monstres doit veiller à ne pas devenir un monstre lui-même. Et si tu regardes longtemps au fond d’un abîme, l’abîme finit par regarder en toi. » Il comprenait que les êtres humains — même ceux animés de bonnes intentions — peuvent succomber au mal. Selon Nietzsche, l’homme doit s’appuyer sur ses propres valeurs morales pour devenir bon.
Le rabbin Jonathan Sacks (1948–2020) avait une perspective très différente. Pourquoi les gens de bien doivent-ils subir le mal ? Sacks répondait en expliquant que Dieu dissimule délibérément la réponse à l’humanité. « Imaginons ce qui se passerait si nous comprenions clairement pourquoi le mal existe dans le monde. Nous ne le combattrions pas ! Nous regarderions le mal se produire sous nos yeux, mais nous resterions passifs ; nous dirions que le mal est compréhensible et logique. Dieu est parfaitement bon, et Il veut que nous, l’humanité, refusions de considérer le mal comme une fatalité ! Nous ne devons pas accepter le mal ; nous devons nous y opposer et tout mettre en œuvre pour le combattre ! »

Le philosophe et théologien britannique C.S. Lewis a écrit dans Les Fondements du christianisme : « Le libre arbitre, bien qu’il rende le mal possible, est aussi la seule chose qui permette l’existence de l’amour, de la bonté ou de la joie qui en valent la peine. » Lewis considérait le mal comme la « perversion parasite du bien ». Il croyait que la véritable bonté émane du Dieu de la Bible. Dans Tactiques du diable, Lewis dépeint le mal comme trouvant son origine chez des « hommes tranquilles, en col blanc, aux ongles soignés et aux joues fraichement rasées, qui n’ont pas besoin d’élever la voix ». Selon lui, le mal se manifeste souvent là où on l’attend le moins.
Le psychologue et auteur canadien Jordan B. Peterson écrit dans Au-delà de l’ordre : 12 nouvelles règles pour la vie: « Si vous ne parvenez pas à comprendre le mal, vous vous exposez sans défense à son emprise. Vous devenez vulnérable à ses effets ou à sa volonté. »
La Bible versus le mal
La Bible enseigne que le péché et le mal ont pris naissance dans le jardin d’Éden avec la désobéissance d’Adam et Ève, lorsqu’ils ont mangé du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal (Gen. 3:1 à 6). Le péché et la mort sont entrés dans le monde, et la corruption a commencé. Le mot hébreu pour « mal » est ra (qui apparaît 342 fois) ; il se traduit par mal, détresse, adversité et méfait. Le mot ra’ah, qui peut signifier misère, apparaît 287 autres fois. Le mal est, en fin de compte, opposé à Dieu. Il se manifeste d’abord dans le cœur avant de se traduire en actes. Il est la nature des anges déchus, appelés démons. C’est ce qui nourrit l’orgueil et l’impiété. Le mal détruit ce qui est saint, bon et juste.
Depuis l’expulsion d’Adam et Ève du Jardin, le mal est omniprésent au sein de l’humanité. Concernant le monde d’avant le Déluge, l’Écriture déclare que le mal caractérisait « toutes les pensées de leur cœur » (Genèse 6:5). Joseph qualifie de mal les actes de ses frères, et pourtant il leur témoigne de la grâce (Genèse 50:20). Le mal est une défaillance récurrente qui affecte Israël sous diverses formes, le séparant de Dieu et provoquant la colère divine (Nombres 14:35 ; Deutéronome 1:35 ; 2 Rois 8:18). Moïse affirme clairement que le mal — ou même la simple présence du mal — doit être extirpé (Deutéronome 17 : 2-7 ; 17 :12) et suscitera la réaction de Dieu « Je cacherai ma face en ce jour-là, à cause de tout le mal… » (Deutéronome 31:18).

Le modèle qui se dégage de la Bible est celui d’une lutte entre la justice et la tentation de céder au mal (Juges 2:13-17), Dieu exhortant son peuple à « servir l’Éternel de tout son cœur » (1 Samuel 12:20). Il convient d’opposer la prière de Salomon, demandant de l’aide pour « discerner le bien du mal » (1 Rois 3:9), à sa plongée dans l’idolâtrie qui suscita la colère de Dieu (1 Rois 11 : 9-10).
La Bible nous encourage à résister au mal. Job craignait Dieu, fuyait le mal et était juste (Job 1:1). Dieu ne tolère pas le mal (Ps. 5:4), mais il le vainc et le terrasse (Ps. 23:4). Nous devons éviter le mal (Ps. 34 : 13-14), le haïr (Ps. 97:10) et nous en détourner (Ps. 119:101). Nous devons craindre Dieu et nous éloigner du mal (Prov. 3:7), tout en faisant confiance à Dieu pour traiter la question du mal (Ps. 140:1). Celui qui agit avec droiture est béni (És. 33 : 15-16), et pourtant nous vivons dans un monde où le mal est souvent glorifié (És. 5 : 20). La Bible décrit des personnes dont les « pieds courent au mal » (És. 59:7a), car le cœur est « est tortueux plus que toute autre chose, et il est incurable » (Jér. 17:9 — Semeur).
En définitive, le message de la Bible est un message d’espoir. Le mal ne triomphe pas ! À l’instar du Tanakh (Ancien Testament), le Nouveau Testament aborde directement le sujet du mal. Le mot poneros, qui signifie mauvais, méchant… pénible, mauvais et sans valeur, est employé 72 fois. Le terme kakia apparaît 11 fois et désigne la dépravation et la méchanceté. Jésus (Yeshoua) et Paul ont enseigné la délivrance face au mal (Matthieu 6:13 ; 2 Thessaloniciens 3:3). Le Nouveau Testament reconnaît également que le mal prend sa source dans le cœur (Matthieu 9:4 ; Marc 7:21-23 ; Hébreux 10:22). Satan, dont le nom signifie « l’adversaire », est qualifié de mauvais et participe au mal par la tromperie (Matthieu 13:19). Jean a décrit Jésus comme la Lumière, qui s’oppose au mal. « Et ce jugement c’est que la Lumière étant venue dans le monde, les hommes ont préféré les ténèbres à la Lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises » (Jean 3:19).

Romains 7 décrit des hommes livrés au mal ainsi que le combat pour pratiquer le bien (Romains 7:19-21). Nous devons aimer ce qui est bon (Romains 12:9) et être équipés pour combattre les ténèbres et le mal en revêtant l’armure de Dieu (Éphésiens 6:13-16). L’amour de l’argent est lié au mal (1 Timothée 6:10), tout comme le pouvoir de la langue, qui peut allumer un incendie, ne peut être dompté et constitue « le monde de la méchanceté » (Jacques 3:5-8 — Sg21).
L’autorité de la vérité
Pour résister au mal, nous devons nous tourner vers l’auteur de la vérité (Ps. 31:5). Le mot emet (terme hébreu signifiant « vérité ») apparaît 126 fois dans le Tanakh (de la Genèse à Malachie). Il évoque la certitude, la fiabilité et la fidélité. La Parole de Dieu est sûre et guide nos pas (Ps. 119:105), et la fidélité de Dieu est éternelle (Ps. 105:7-11). La vérité fait partie intégrante de la nature de Dieu (Exode 34:6). Josué 24:14 nous enjoint de servir le Seigneur avec sincérité et vérité, et Dieu manifeste concrètement son chesed (amour inébranlable) et sa vérité envers tous (2 Samuel 2:6). Dieu invite les rois d’Israël à marcher « … avec fidélité devant moi. » (1 Rois 2:4), et les jugements de Dieu étaient déclarés vrais (Ps. 19:9). Les commandements du Seigneur sont vrais et parfaits (Ps. 119:151). Nous sommes appelés à L’invoquer dans la vérité (Ps. 145:18). La vérité apporte l’expiation, et la crainte de Dieu éloigne le mal (Proverbes 16:6 ; Matthieu 6:13).
Jésus est appelé Vérité (Jean 14 : 6), et la vérité nous libère (Jean 8 :32). Nous devons dire la vérité avec amour (Éph. 4 :15) et dispenser droitement la Parole de Dieu (2 Tim. 2 :15). Aletheia, qui signifie « vérité », désigne quelque chose de sincère et empreint d’intégrité. La vérité est affichée, pas seulement verbalement. Elle reflète la lumière dans l’obscurité, évalue les coûts et est équipée et transformatrice. Elle combat le mal et ne fait aucun compromis. La vérité est du côté de Dieu. Elle se dresse avec audace, plutôt que de se replier sur elle-même dans l’autocensure ou la capitulation pour se sauver soi-même.
En nous efforçant d’être une lumière dans ce monde, nous devons être ancrés dans notre foi biblique. C’est ainsi que nous nous approchons de Dieu (Jean 4 : 24) afin d’être trouvés fidèles à Ses yeux. Là où notre chair est faible, nous avons besoin de la force et du courage du Seigneur (Josué 1:9) pour résister au mal, faire briller notre lumière et être équipés.
BIBLIOGRAPHIE :
Lewis, C. S. Mere Christianity. (Les fondements du christianisme) HarperCollins, 2001. ———. The Screwtape Letters. Spire Books, 1996.
Nietzsche, Friedrich. Beyond Good and Evil. (Par-delà le bien et le mal ) Translated by Helen Zimmern. Arcturus Publishing, 2024.
Peterson, Jordan B. Beyond Order: 12 More Rules for Life. (Au-delà de l’ordre : 12 règles supplémentaires pour la vie ) Random House Canada, 2021.
Rimon, Yosef Zvi. “Do Not Accept Evil: Make the World a Better Place.” (Ne tolérez pas le mal : faites du monde un endroit meilleur.) HaMizrachi, World Mizrachi, October 24, 2021. https://mizrachi.org/hamizrachi/do-not-accept-evil-make-the-world-a-better-place/
Les passages bibliques sont tirés de la Bible Segond 1910 sauf indication contraire.
Traduit de l’anglais par Diane Fortin
Ressources similaires

Découvrez votre raison d’être et le cœur de Dieu pour vous
Dans le monde divisé et tumultueux d’aujourd’hui, il est essentiel que l’Église redécouvre le cœur de Dieu. Notre livre numérique gratuit, rédigé par une spécialiste chevronnée qui compte trois décennies d’expérience en Israël, explore en profondeur les enseignements de Jésus (Yeshoua) afin de révéler les principes d’amour et de raison d’être que Dieu a établis. Découvrez comment, en accueillant ces vérités, vous pouvez donner un sens et une portée nouvelle à votre vie, même au milieu du chaos. Abonnez-vous dès maintenant pour recevoir votre exemplaire gratuit et entreprendre un cheminement de transformation.



