La flottille et la fiction

Fin avril, une flottille de bateaux a pris la mer en direction de Gaza. Selon le discours officiel de la Global Sumud Flotilla et des groupes affiliés, la mission était à la fois urgente et noble : acheminer de l'aide à une population désespérée et assiégée. Les médias internationaux l'ont présentée tout simplement comme une flottille humanitaire.
Le 19 mai, les forces israéliennes avaient intercepté tous les navires. Les participants ont été détenus, soumis aux formalités d'usage, puis expulsés. Les réseaux sociaux se sont alors enflammés. Des militants pleuraient ouvertement, se lamentant que les actions d'Israël privaient des enfants en souffrance d'un secours essentiel dont ils avaient désespérément besoin, l'aide même que les membres de la flottille livraient avec abnégation jusqu'aux côtes de Gaza.
Les images étaient soigneusement composées, le langage délibérément bouleversant et le récit parfaitement conçu pour produire un impact émotionnel maximal. Mais l'histoire présentait des failles. Et certains des organisateurs eux-mêmes les y avaient placées.

Dans une vidéo publiée par le Palestinian Youth Movement NYC, Rosa Martinez, co-organisatrice de l'un des navires, a expliqué que décrire la flottille comme « une sorte de mission d'aide humanitaire » revenait à « réduire ce qu'elle est… ce que nous faisons ». Il y avait bien de l'aide à bord, a-t-elle reconnu, mais l'objectif le plus important était de défier directement le blocus israélien.
Puis, après que les autorités israéliennes sont montées à bord des navires et ont diffusé des images montrant que les bateaux ne transportaient pratiquement rien, le compte officiel de la Global Sumud Flotilla a publié ce message : « Briser le siège de Gaza n'a jamais été une question d'aide. Il s'agissait de briser le siège de Gaza ! »
C'est peut-être la déclaration la plus honnête que le mouvement des flottilles ait jamais faite.
Une longue tradition de théâtre politique
Ce n'était pas la première traversée de ce genre, et ce ne sera pas la dernière. L'initiative des flottilles remonte à 2008, lorsque le Free Gaza Movement a organisé l'envoi des premiers navires civils vers la bande de Gaza.
En 2010, l'incident du Mavi Marmara a transformé un coup d'éclat politique en crise internationale : des commandos israéliens sont montés à bord d'un navire turc, de violents affrontements ont éclaté et dix militants ont été tués. Le monde a réagi avec indignation, et Israël a dû essuyer les retombées diplomatiques.
Entre 2011 et 2018, une succession de flottilles ont pris la mer sous divers noms. La plupart ont été retardées, refoulées ou arraisonnées avant d'atteindre Gaza. Aucune n'est parvenue à établir un corridor maritime.
Après que le massacre du 7 octobre a déclenché une guerre brutale, les missions se sont intensifiées. L'opération de 2026 a réuni, en deux vagues, environ 60 bateaux et près de 600 militants venus de 40 pays. Le 19 mai, tout était terminé et les militants rentraient chez eux. Beaucoup ont été accueillis à l'aéroport d'Istanbul par des foules qui les attendaient, caméras en marche, poings levés.
C'était, à tous égards, un spectacle.
Alors, où est l'aide ?
Si le but de la mission était d'apporter de l'aide à des familles désespérées, une question s'impose : pourquoi les bateaux ne transportaient-ils presque rien ? Même Al Jazeera n'a fait état que de quantités symboliques de fournitures à bord.
Le site Web de la Freedom Flotilla Coalition précise lui-même explicitement qu'elle n'est « pas une organisation d'aide », et pourtant elle fait appel aux dons du public. D'après les états financiers publiés par la coalition, environ 92 % des dépenses de la mission de 2026 ont été consacrées aux frais nautiques et opérationnels : bateaux, carburant, équipement de sécurité, formation et campagnes de recrutement à l'échelle mondiale.

Si l'objectif était véritablement humanitaire, il existe des voies terrestres établies précisément pour acheminer des fournitures à Gaza. Aussi imparfaites soient-elles, ces voies livrent réellement des biens aux civils. Foncer vers un blocus par la mer, non. Cela provoque une confrontation, génère des images et produit un récit. Mais après tout, c'est exactement ce pour quoi la flottille est conçue.
Les raisons du blocus
Israël et l'Égypte ont tous deux imposé le blocus de Gaza après la prise de contrôle violente de la bande par le Hamas en 2007, afin d'empêcher la contrebande d'armes, d'explosifs et de technologies militaires au profit du Hamas et d'autres organisations terroristes. Les deux pays ont pris cette décision sur la foi de preuves froides et irréfutables quant à l'usage qui était fait des frontières ouvertes.
En 2002, des commandos israéliens ont intercepté en mer Rouge le Karine A, qui transportait 50 tonnes de roquettes Katioucha, de grenades propulsées par roquette, de mortiers et d'armes antichars dissimulés à bord. Le navire, qui battait pavillon palestinien et dont la cargaison était financée par l'Iran, faisait route vers Gaza.
En 2009, le Victory 5 a été surpris alors qu'il transportait des lunettes de visée pour tireurs d'élite et des armes antichars destinées au Djihad islamique palestinien. Huit mois plus tard, le Francop était arraisonné au large de Chypre avec, à son bord, cinquante autres tonnes de roquettes iraniennes dissimulées dans des conteneurs.
En 2011, le rapport Palmer de l'ONU a conclu qu'Israël faisait face à une menace réelle pour sa sécurité et que le blocus constituait une mesure de sécurité légitime au regard du droit international. Cette conclusion, tragiquement, a résisté à l'épreuve du temps.
Le massacre du 7 octobre a été le fruit d'années d'accumulation d'armes : RPG, grenades, drones et explosifs, rassemblés par le biais de tunnels, de camions et de routes maritimes. Aussi catastrophique qu'ait été l'attaque, elle aurait pu être bien pire. Si le Hamas ne dispose pas de technologies d'armement avancées, ce n'est pas faute d'avoir essayé, mais tout simplement en raison du blocus.
Soutenus par l'Iran, les dirigeants du Hamas ont depuis juré de répéter le 7 octobre chaque fois que l'occasion se présentera. Ce n'est pas une menace en l'air. Ils ont déjà démontré ce dont ils sont capables lorsqu'ils en ont les moyens. Remettre ces moyens entre les mains de ceux qui s'en sont servis et ont promis de recommencer serait un suicide national.
Le langage de la victimisation
Lorsque les forces israéliennes sont montées à bord de la flottille en mai, les participants se sont aussitôt décrits comme « kidnappés », « enlevés » et « pris en otage ».
Employer un tel langage au lendemain du 7 octobre, alors que des hommes, des femmes et des enfants israéliens ont été traînés à Gaza, torturés, affamés, assassinés et retenus sous terre pendant des mois, relève d'une appropriation calculée de l'horreur au service d'une mise en scène politique. Une détention temporaire suivie d'une expulsion, dans le cadre de l'application d'un blocus juridiquement reconnu, n'a absolument rien de comparable avec ce que le Hamas a fait dans les tunnels sous Gaza.
De plus, les images diffusées par les autorités israéliennes montraient des détenus souriants, se filmant eux-mêmes et discutant de manière décontractée à bord de navires israéliens. Voilà qui cadrait mal avec les allégations plus extrêmes qui circulaient en ligne.
Bref, les militants avaient mis le cap sur une confrontation à laquelle ils s'attendaient pleinement, et cette confrontation leur a apporté exactement ce qu'ils étaient venus chercher : des images, de l'indignation et un récit faisant d'Israël le méchant de l'histoire.
Ce dont il s'agit vraiment
Israël n'est pas un pays parfait. Aucun pays ne l'est. Des personnes raisonnables peuvent être en désaccord avec certaines politiques israéliennes, et c'est effectivement le cas. Ce sont là des débats légitimes, qui méritent d'être menés avec honnêteté.
Mais le mouvement des flottilles ne s'intéresse pas au dialogue honnête. Il ne s'intéresse pas à l'acheminement de l'aide, car si c'était le cas, les bateaux transporteraient de l'aide plutôt que des caméras. Il ne s'intéresse pas au bien-être des Palestiniens, car si c'était le cas, ses organisateurs feraient pression sur le Hamas pour qu'il cesse d'utiliser des civils comme boucliers humains et dépose les armes. Il ne s'intéresse pas à la paix, car la paix mettrait fin à la confrontation dont il dépend.
Les militants des flottilles ne s'intéressent qu'à une chose : le théâtre de la délégitimation d'Israël, dans lequel ils se sont attribué le premier rôle, celui de sauveurs altruistes ovationnés par un public mondial. Les flottilles n'ont jamais été une bouée de sauvetage tendue à la population de Gaza. Elles étaient un objectif braqué sur Israël, cadrant un récit écrit bien avant que les bateaux ne quittent le port.
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