Dépêche de Jérusalem

Dissuasion : l’Iran bombarde tout le monde, sauf Israël

Par : Dr Bill Adams

Plus tôt cette année, dans les jours qui ont suivi un fragile cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran, des missiles et des drones iraniens se sont abattus sur des bases aériennes du Golfe, des terminaux pétroliers, des navires marchands et des bâtiments de guerre à travers tout le Moyen-Orient. Téhéran a frappé les Émiratis, les Koweïtiens, les Omanais, les Égyptiens et même les Américains. Pratiquement personne à portée de l’arsenal de la République islamique n’a échappé à sa ligne de mire. Pourtant, une nation manquait à cette liste de cibles : Israël. Et au moment où nous écrivons ces lignes, c’est toujours le cas.

Ce n’est pas que l’Iran manque de volonté ou de désir d’anéantir l’État juif, mais plutôt que Téhéran sait compter : frapper Israël, c’est s’exposer à une riposte… plus dure encore.

THAAD : le système américain de défense de zone terminale à haute altitude (Crédit photo : domaine public/wikimedia.org)

Cette simple équation, c’est la dissuasion en action. Durant ce barrage bref mais intense, les voies maritimes, les réseaux énergétiques et les infrastructures du Golfe ont encaissé des coups répétés alors que Téhéran tentait de fracturer les coalitions régionales ; pourtant, pas un seul missile iranien n’a pénétré le territoire israélien. L’offensive s’est essoufflée en quelques jours, et la région s’est depuis installée dans un calme tendu, mais bien réel : au moment où nous écrivons ces lignes, aucun missile n’a été tiré en direction d’Israël, ni entre l’Iran et ses voisins du Golfe, depuis des semaines.

Si la République islamique prend soin d’épargner l’État juif, c’est pour une raison calculée et précise : après avoir goûté à la riposte d’Israël lors de ses frappes précédentes, Téhéran sait qu’un seul missile pénétrant l’espace aérien israélien risquerait de déclencher une campagne de représailles qu’il préférerait éviter. Le fait que ce silence dure depuis si longtemps prouve en soi que le calcul fonctionne, même si, comme toute équation de dissuasion, celui-ci pourrait changer à tout moment.

Les piliers de la dissuasion

La dissuasion fonctionne comme une équation psychologique et mathématique dans l’esprit d’un adversaire. Le facteur de dissuasion actuel d’Israël face à des frappes iraniennes directes repose sur deux piliers puissants : la défense technologique et la crédibilité offensive.

Arrêter l’attaque avant qu’elle n’atteigne sa cible

Le premier pilier, la défense technologique, repose sur une idée simple : un ennemi n’attaquera pas s’il sait que ses armes coûteuses échoueront. Le bouclier antiaérien perfectionné d’Israël rend les attaques de missiles iraniens largement inefficaces, si bien que l’énorme risque militaire et politique d’en lancer un n’en vaut pas la peine. En abattant les missiles bien avant qu’ils n’atteignent des infrastructures clés, Israël oblige les commandants ennemis à épuiser des munitions valant des millions de dollars pour un résultat tactique pratiquement nul. La défense aérienne multicouche d’Israël s’appuie sur plusieurs systèmes d’armes essentiels.

Arrow : Les intercepteurs à longue portée Arrow-2 et Arrow-3 engagent les missiles balistiques à l’intérieur comme à l’extérieur de l’atmosphère terrestre, détruisant les ogives en toute sécurité, loin des centres de population civile.

Fronde de David : Conçu pour abattre les missiles balistiques de moyenne portée tirés à une distance de 100 à 200 kilomètres (62 à 124 milles), ce système intercepte également les roquettes d’artillerie lourde, les missiles de croisière et les drones.

Dôme de fer : Célèbre cheval de bataille du réseau de défense aérienne d’Israël, il intercepte les menaces à courte portée lancées par des groupes mandataires comme le Hamas à Gaza et le Hezbollah au Liban, au moyen de missiles guidés par radar qui suivent et détruisent roquettes, obus de mortier et drones.

Iron Beam (Rayon de fer) : Système laser de haute puissance qui intercepte les roquettes à courte portée, les drones et les obus de mortier en surchauffant la structure de la cible — un complément économique, au « chargeur infini », aux intercepteurs traditionnels.

THAAD : Le système américain de défense de zone terminale à haute altitude (Terminal High Altitude Area Defense) intercepte les missiles balistiques de courte, de moyenne et de portée intermédiaire dans leur phase terminale, ajoutant une redoutable couche supplémentaire de protection en haute altitude.

Air-air : Rien ne remplace la souplesse d’un pilote. Les avions de chasse et les hélicoptères d’attaque israéliens patrouillent l’espace aérien national et engagent missiles de croisière, aéronefs hostiles et drones rôdeurs à l’aide de missiles air-air guidés.

La menace de représailles écrasantes

Pourtant, même la défense la plus solide ne représente que la moitié de l’équation. Pour véritablement arrêter un ennemi, il faut aussi qu’il soit convaincu que toute frappe entraînera une riposte rapide et écrasante. Les dirigeants israéliens ont tracé une ligne rouge sans équivoque : toute attaque directe contre le sol israélien déclenchera une contre-offensive immédiate et totale. En démontrant sa capacité à frapper en profondeur à l’intérieur de l’Iran, en ciblant réseaux électriques, bases militaires et sites nucléaires, Israël ne laisse planer aucun doute sur le prix d’une attaque.

Armée de l’air israélienne (Crédit photo : MonoZig/wikimedia.org)

L’un des atouts qui changent véritablement la donne dans l’arsenal israélien en est un parfait exemple : les missiles balistiques aéroportés (ALBM). L’Iran compte sur des missiles géants basés au sol, dissimulés dans des silos souterrains que les satellites repèrent facilement. Israël, au contraire, emporte ses missiles dans le ciel.

Les avions de chasse transportent ces armes de précision en altitude et les lancent à distance de sécurité, hors de l’espace aérien ennemi. Grâce au surcroît d’altitude et de vitesse, le missile s’élève jusque dans l’espace avant de plonger vers sa cible à une vitesse hypersonique, échappant aux radars et perçant les défenses aériennes iraniennes.

Le paradoxe de la stabilité régionale

Ironiquement, cet équilibre stratégique a engendré un paradoxe saisissant à travers le Moyen-Orient. Parce que Téhéran jugeait une attaque directe contre Israël d’un coût prohibitif, il a traité la région environnante comme un terrain d’essai à moindre risque pour y projeter sa puissance. Incapable de frapper sa cible principale sans subir de représailles écrasantes, l’Iran a reporté son agression sur des cibles plus vulnérables et moins bien défendues, harcelant la navigation commerciale, frappant des terminaux pétroliers et s’en prenant aux infrastructures de ses voisins.

Cette dynamique révèle une vérité fondamentale : la dissuasion stratégique est rarement un parapluie régional qui protège tout le monde. Elle fonctionne plutôt comme un bouclier localisé.

La « ville des missiles » souterraine de l’Iran (Crédit photo : Tasnim News Agency/wikimedia.org)

En fin de compte, la posture d’Israël montre comment la dissuasion fonctionne réellement dans une région régie par un ensemble de règles intransigeantes. Au Moyen-Orient, la stabilité ne se forge pas uniquement par des traités chaleureux ou des ouvertures diplomatiques, et la concorde ne se maintient pas uniquement parce que les rivaux nourrissent de la bienveillance les uns envers les autres. Ici, la paix est souvent préservée parce que les forts font la preuve de leur force, imposant un respect qui contraint même l’adversaire le plus agressif à calculer le prix de la violence.

Israël a établi une ligne rouge absolue que Téhéran continue de respecter — pour l’instant —, démontrant que lorsqu’une nation rend indéniables les conséquences d’une rupture de la paix, même ses ennemis jurés hésitent à la mettre à l’épreuve.

 

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