Construire une vie inébranlable

Par Nathan Williams

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J’AI ENTENDU UN PASTEUR ENSEIGNER que cette vie-ci ressemble à une recherche de colocataire pour déterminer notre lieu de vie dans l’au-delà. Jésus (Yeshoua) a dit : « Dans la maison de mon Père, il y a beaucoup de demeures… Je vais vous préparer une place » (Jean 14:2). Quand j’y pense, je ne peux m’empêcher de sourire. Célibataire, je me croyais un excellent colocataire. Cette idée a vite changé dès que j’ai vécu avec quelqu’un. Vivre avec un colocataire ou un conjoint nous confronte à nos propres particularités et à celles de l’autre, révélant souvent des excentricités insoupçonnées. C’est pourquoi il est si important de bien choisir son lieu de vie et de faire des choix éclairés, en accord avec nos valeurs, concernant ceux avec qui nous partageons notre vie. De la même manière, avant d’entrer dans la maison du Père pour l’éternité, Jésus évalue qui seront ses colocataires, déterminant qui reflètera son caractère, honorera ses voies et vivra en accord avec lui ?

Le Psaume 14 nous aide à comprendre pourquoi cette évaluation est nécessaire. David est pleinement conscient de la nature imparfaite de l’humanité. Il décrit : l’insensé qui dit qu’il n’y a pas de Dieu et un monde si corrompu qu’« il n’y a personne qui fasse le bien, non pas même un seul » (v. 3b Darby). Il termine le chapitre par un cri de désespoir : « Oh ! si de Sion le salut d’Israël était venu ! » (v. 7a, Darby). David aspirait à ce que le Seigneur intervienne et rétablisse la situation.

Aujourd’hui, face à l’état du monde, nous ressentons ce même poids de désespoir. C’est dans ce contexte lourd, presque désespéré, que le Psaume 15 arrive. Ce psaume, court, mais puissant, répond à ce cri en posant une question essentielle : « Ô Éternel, qui séjournera dans ta tente ? Qui demeurera sur ta montagne sainte ? » (v. 1). David expose ensuite les règles à suivre et ce qu’il ne faut pas faire pour ceux qui sont dignes de demeurer avec le Seigneur, en quelque sorte les candidats retenus pour partager la demeure éternelle de Dieu.

(Crédit photo: Jack the Sparow/Shutterstock.com)

Intègre, juste, sincère

Le colocataire idéal est d’abord décrit comme « Celui qui marche dans l’intégrité, qui pratique la justice et qui dit la vérité selon son cœur » (Ps. 15:2). Le mot hébreu pour « intégrité » est tamim, un terme dont la profondeur se perd souvent dans la traduction. Bien qu’il soit souvent traduit par « droit » ou « parfait », sa signification biblique est moins liée à une performance sans faute qu’à une vie où le cœur, les actions et la fidélité sont pleinement alignés sur Dieu.

Être tamim ne signifie pas la perfection au sens de ne jamais faillir. L’Écriture elle-même nous enseigne le contraire. Noé, Job et même David étaient appelés tamim, pourtant ils ont connu la faiblesse, la souffrance et le combat moral. Ce qui distingue ces hommes, ce n’est pas une perfection surhumaine sans péché, mais une vie entièrement tournée vers Dieu.

Être tamim signifie aussi tout donner au Seigneur et vivre de manière constante. Le révérend Charles H. Spurgeon l’a exprimé clairement : « Le véritable croyant n’est pas un tel à l’extérieur et un autre à la maison. » Tamim implique de vivre une vie où nos actes correspondent à nos paroles, et où notre vie intérieure est en accord avec ce que les autres voient.

Une fois que nos cœurs sont alignés sur Dieu, l’étape suivante consiste à laisser cet alignement façonner nos actions. Le concept hébreu est tsaddiq, une personne juste ou vertueuse. Cela découle directement de tamim, passant de qui vous êtes à ce que vous faites. Il ne suffit pas de se déclarer aligné sur le Seigneur ; cet alignement doit s’exprimer dans notre manière de vivre.

L’un des exemples bibliques les plus clairs est celui de Joseph. Bien qu’il ne soit pas explicitement appelé tsaddiq dans le récit, la pensée juive le désigne comme Yosef HaTzaddik, car sa vie incarne cette droiture. Trahi par ses frères, vendu comme esclave, faussement accusé et emprisonné, Joseph a toujours choisi la justice. Il a refusé tout compromis avec la femme de Potiphar, il est resté fidèle à Dieu dans l’obscurité et, lorsqu’il a finalement accédé au pouvoir, il a répondu par le pardon plutôt que par la vengeance. La justice n’est pas une théorie. Elle se vit dans nos décisions, souvent les plus difficiles et les plus coûteuses.

Enfin, David nous exhorte à dire la vérité dans notre cœur. Au sens biblique, la vérité ne se limite pas à l’exactitude des faits, mais concerne ce en quoi l’on peut se fier, car elle est immuable. Le mot hébreu pour vérité est emet, qui véhicule cette idée de stabilité, de fiabilité et de fidélité.

Ce qui est frappant dans ce psaume, c’est l’emplacement de la vérité. Elle réside d’abord dans le cœur, et non sur les lèvres. Ceci est conforme à l’enseignement de Jésus : « C’est de l’abondance du cœur que la bouche parle » (Luc 6,45). Lorsque votre cœur dit la vérité, votre bouche suivra.

Cultiver l’emet commence par la sincérité envers soi-même. Dire la vérité dans notre cœur se manifeste par un comportement cohérent, des paroles dignes de confiance et des actions fiables. À l’inverse, l’illusion intérieure finira par miner notre cheminement spirituel et nos relations.

(Crédit photo: Prostock Studio/Shutterstock.com)

D’abord, ne pas nuire

Le Psaume 15:3, passant de la vie intérieure, s’étend à la parole et aux actions envers autrui : « Il ne calomnie pas avec sa langue, il ne fait pas de mal à son semblable, et il ne jette pas le déshonneur sur son prochain. » (S21) À l’ère des commentaires, des messages privés et de l’indignation virale, la langue a pris une ampleur au-delà de tout ce que David aurait pu imaginer. Les mots voyagent plus vite, blessent plus profondément et persistent plus longtemps. « calomnier » signifie parler contre quelqu’un de manière à nuire à sa réputation. Cela se produit souvent discrètement, par des remarques en passant ou des critiques subtiles, mais son effet est bien réel.

Dans l’Écriture, les mots sont considérés comme des instruments de création ou de destruction, porteurs du pouvoir de vie et de mort. David souligne ainsi l’importance de bien choisir les mots que nous prononçons, au cœur même d’une vie qui plaît à Dieu. Nous ne pouvons demeurer dans la maison du Seigneur tout en prononçant des paroles qui érodent la communauté qui nous entoure.

Le verset 3 élargit encore davantage la portée, passant de l’abstention de nuire par la parole à l’action. Nous devons prendre soin de ceux qui font partie de notre communauté et choisir de ne pas profiter des autres ni d’agir de manière à leur nuire, même si nous pourrions le justifier.

Enfin, ce verset souligne un point subtil, mais important. Il ne s’agit pas seulement de ce que nous disons, mais aussi de ce que nous sommes prêts à répandre ou à répéter. Refuser de porter le reproche signifie que nous ne participons pas à la propagation de la négativité, à l’entretien de l’amertume ou au discrédit de nos proches. Au contraire, nous devons toujours protéger nos relations. En définitive, David décrit une personne qui utilise sa force pour protéger la réputation de son prochain plutôt que de la briser. Cette retenue reflète un cœur qui est à l’image de l’amour protecteur du Père.

(Crédit photo: Prostock Studio/Shutterstock.com)

Discernement et respect des promesses

Dans une culture occidentale moderne qui résiste de plus en plus aux distinctions morales, le Psaume 15:4 peut paraître controversé : « Il regarde avec dédain celui qui est méprisable, mais il honore ceux qui craignent l’Éternel. »

Ce psaume n’incite pas à l’hostilité personnelle ni à l’arrogance spirituelle envers autrui. Il appelle plutôt à un discernement qui refuse de célébrer ce que le Seigneur définit comme le mal. Que ce soit consciemment ou non, nous sommes constamment influencés par la culture environnante, façonnés par ce que nous devons admirer, applaudir et normaliser. Alors que les frontières morales sont intentionnellement floues, ce qui était autrefois perçu comme ténèbres est désormais souvent présenté comme lumière. C’est précisément à ce moment que le discernement devient une épreuve spirituelle déterminante.

Ce verset indique clairement que ceux qui désirent demeurer avec le Seigneur doivent partager Ses valeurs. Dans un monde qui souvent se rebelle contre Lui, vivre avec discernement, valoriser la justice plutôt que l’opinion populaire et honorer ceux qui craignent le Seigneur, nécessite une démarche intentionnelle.

Le verset 4 poursuit : « Il ne se rétracte point, s’il fait un serment à son préjudice » Nous rencontrons ici un autre concept hébreu puissant : shaba, qui signifie jurer ou prêter serment. Ce mot est profondément lié à sheva (sept), un nombre associé à la plénitude et à l’alliance. À l’époque biblique, les paroles étaient contraignantes ; prêter serment revenait à engager son intégrité.

Cela contraste fortement avec la vie moderne, où les engagements ne sont maintenus que tant qu’ils restent avantageux. Le Psaume 15:4, cependant, présente une norme plus élevée, celle d’une personne qui tient parole même lorsque cela devient coûteux. Cela peut signifier tenir une promesse malgré l’inconfort, accepter une perte plutôt que de trahir la confiance ou rester seul tandis que le monde s’éloigne.

Le Seigneur Lui-même illustre ce principe dans son alliance avec Abraham (Genèse 15 ; 22:16), jurant par Lui-même car il n’y a pas d’autorité supérieure. Ses promesses sont inébranlables et ancrées dans son caractère. Pour demeurer avec le Seigneur, nous sommes appelés à refléter sa fidélité, à devenir des personnes dont les paroles ont du poids, dont les engagements demeurent et dont les vies reflètent la permanence de l’alliance.

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Justice financière

Le Psaume 15:5 conclut la liste des interdictions par : « S’il prête son argent, c’est sans percevoir d’intérêt.Il n’accepte aucun cadeau pour témoigner contre un innocent. » Le mot hébreu pour intérêt, neshek, vient de la racine nashak, qui signifie « mordre ». Il brosse un tableau saisissant des pratiques financières qui consument ou dévorent autrui, et met en garde contre l’exploitation des personnes vulnérables. Il dénonce l’attitude répréhensible qui consiste à profiter du désespoir d’autrui pour s’enrichir personnellement.

David souligne que l’intégrité ne se limite pas à notre vie spirituelle intérieure, mais s’étend aux finances, aux transactions commerciales et aux décisions économiques. Dans un monde marqué par l’instabilité financière, la tentation de privilégier l’instinct de survie est forte. Mais le Psaume 15:5 appelle à quelque chose de plus élevé : la miséricorde du royaume qui reflète la générosité et la justice de Dieu. Jésus a développé ce principe dans Luc 6:34-36 : « Mais aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien espérer. Et votre récompense sera grande et vous serez les fils du Très-Haut » (v. 35). La générosité désintéressée reflète le caractère divin.

Le concept hébreu de « cadeau » (shachad) désigne toute incitation qui pervertit la justice et déforme la vérité, et non pas simplement un échange financier. La Torah (Genèse-Deutéronome) interdit formellement les pots-de-vin : « Tu n’accepteras pas de pot-de-vin, car les présents aveuglent même des hommes lucides et compromettent la cause des justes. » (Exode 23:8 Semeur). David ne condamne donc pas seulement la malhonnêteté personnelle, mais révèle une défaillance morale plus profonde : la volonté de sacrifier la justice pour un gain personnel.

L’expression « contre l’innocent » au verset 5 accentue la gravité de la situation. Dans la pensée hébraïque, le Seigneur est constamment présenté comme le défenseur de l’innocent, de la veuve, de l’orphelin et de l’étranger. Accepter un pot-de-vin dans un tel contexte, c’est s’opposer au caractère de Dieu et à son engagement envers la justice. Celui qui veut demeurer avec le Seigneur doit refléter sa justice tant dans sa vie privée que dans son équité envers les autres, en particulier les plus vulnérables.

La promesse

Le Psaume 15 se termine par une promesse définitive : « Celui qui se conduit ainsi ne sera jamais ébranlé » (v. 5, S21). Dans les temps que la Bible décrit comme les « derniers jours », viendra une période de bouleversements considérables. Hébreux 12.26-27 le décrit avec une clarté saisissante : « Une fois encore, j’ébranlerai non seulement la terre, mais aussi le ciel… afin que les choses inébranlables subsistent. » Derek Prince le résume bien : « Tout ce qui peut être ébranlé sera ébranlé. » Les nations seront ébranlées. Les économies seront ébranlées. Les systèmes religieux seront ébranlés. Même le ciel tremblera. Le but est clair : le monde verra que la seule chose véritablement inébranlable est le Royaume de Dieu. Notre objectif est d’aligner nos vies sur ce Royaume inébranlable, afin que, lorsque la poussière sera retombée, nous nous tenions sur le seul fondement qui ne peut être ébranlé.

En seulement cinq versets, David nous donne à la fois la clé d’une « relation harmonieuse » avec Dieu et le plan pour bâtir une vie inébranlable. La stabilité ne se trouve ni dans les circonstances, ni dans les systèmes humains, ni dans les assurances éphémères, mais dans l’harmonie avec le caractère et les voies de notre Père céleste. Ceux qui marchent dans la plénitude (tamim), qui sont ancrés dans la vérité (emet), qui maîtrisent leurs paroles, qui discernent avec justesse, qui respectent l’alliance même au prix de sacrifices et qui gèrent leurs ressources avec miséricorde, sont ceux qui demeureront en sécurité. Alors que le monde tremble, ceux qui incarnent ces vérités resteront debout, non pas parce qu’ils ont échappé aux secousses, mais parce qu’ils sont ancrés en Celui qui est inébranlable.

Bibliographie

Prince, Derek. God Will Shake All Things (Dieu va tout bouleverser.). https://youtu.be/HaD43R-g3dk?si=dE-zOB02qxVxKms2

Sarna, Nahum M. Genesis. The JPS Torah Commentary. (Genèse. Le commentaire de la Torah de la JPS) Philadelphia: Jewish Publication Society, 1989.

Spurgeon, Charles H. The Treasury of David. Commentary on Psalm 15. (Le Trésor de David. Commentaire sur le Psaume 15.)

https://www.romans45.org/spurgeon/treasury/ps015.htm

Les passages bibliques sont tirés de la Bible Segond 1910 sauf indication contraire.

Traduit de l’anglais par Diane Fortin

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